2016 : la levée de fonds qui n'a pas tenu
2016. Il y a dix ans. Une levée de fonds. Une aventure à vivre, mais pas une aventure fantasmée. Nous venions de passer treize ans dans la frugalité. Nous avions démarré avec 500 €. Autant dire que nous n'étions pas des entrepreneurs guidés par l'argent.
Quelques années plus tôt, une société de capital-risque nous avait repérés pour un autre projet : un site sur un marché très rentable, très concurrentiel, et très peu motivant pour nous. On a dit non à 2 millions d'euros. Sans regret.
En 2016, le projet a enfin du sens. Ou du moins, il en avait pour nous, avant que nous n'en découvrions les véritables opportunités et leurs contraintes. Alors on fait ce qu'on attend de nous : chiffres, projections à cinq ans, scénarios de sortie. On transmet nos valeurs, nos convictions. Dans un salon haussmannien cossu, on expose tout cela. On n'a pas menti.
Mais au fond de moi, je le savais : vendre des compléments alimentaires et des crèmes, souvent plus habillés de promesses que d'efficacité, ne ferait pas rêver longtemps. Ça ne passera pas. On s'est pourtant donné les moyens : énergie, engagement, ouverture d'une parapharmacie, embauche d'une pharmacienne. Le chemin était sincèrement sympa.
Avec le recul, aucun regret. J'ai tout vécu à fond. J'ai pris du plaisir à structurer, organiser, construire ce projet. Mais je n'y croyais pas profondément. Et c'est peut-être là l'essentiel.
Dix ans après, je crois surtout à une chose : si tu dois te convaincre d'y croire, alors ce n'est probablement pas le bon projet. On peut apprendre à pitcher, à prévoir, à séduire des investisseurs. Mais on n'apprend pas à croire profondément à quelque chose. Et sans cette croyance-là, le temps, la pression, les chiffres et les compromis finissent toujours par gagner.
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